Fade away



Puisque cet amour qui t'es donné
te rends malheureux
frustré, puisque tu le juges incomplet
sans sa livre de chair,
il ne peut plus que se retirer
et s'éteindre.
Puisque tu ne veux pas voler
puisque tu désires si fort la terre
pour t'y enraciner,
puisque tu veux que devienne lourde
et solide
la fille de l'air,
le rêve ne peut que s'arrêter
et disparaître....



2018


Fille du non-vouloir








Petit haricot de cellules tourbillonnantes qui a grandit dans un océan de larmes en guise de liquide amniotique, voilà le fond de tristesse qui clapote en son âme. A travers l'épaisseur de la chair a t'elle senti les coups ? Par le cœur de sa mère a t'elle entendu les injures ? « Putain » disaient-ils en choeur en insultant une vierge. Enceinte certes, mais vierge.

Le secret dévoilé au bout de tant d'années d'incompréhension et de douleur. L'ignorance des jeunes de cette époque-là, tout se résumait à cela. Parce qu'on ne parlait pas de « ça » en ce temps-là.

Quarante ans de bagne à traîner un boulet plus gros qu'elle.

Et tout enfin, se mettait en place, toutes les pièces du puzzle. Tous les détails s'assemblaient pour dresser le portrait de la bêtise crasse. Le regard bleu glacé de colère méchante du père, comme une guerre froide face à l'innocence de ce petit visage. Son cœur à elle qui ne comprenait pas pourquoi. Et qui tentait encore et encore de lui plaire, d'être acceptée. Aimée, même, peut-être...

Elle comprenait maintenant cette flamme noire dans ses beaux yeux quand il racontait qu'il s'était marié avec un fusil dans le dos. Et que l'enfant n'était pas de lui – il ne pouvait pas être de lui parce qu'un garçon sait qu'on ne peut engrosser une fille que si on la prend pour de bon- mais sans doute de cet italien que la bande fréquentait. Il s'était juste frotté entre ses cuisses, comment cet enfant pouvait-il être le sien ?

Il était si fort dans sa dignité outragée, le sacrifice de lui-même, de son nom, qu'il refusait de voir tous les signes de sa paternité. Et jusqu'à sa mort il n'y aura pas cru. Chaque fois qu'il l'embrassait elle voyait une ombre dans son regard glacé, de l'agacement dans son corps. Elle sentait ses nerfs se raidir. Et ça la terrassait. De honte. Quelque chose en elle se débattait comme quelqu'un qui se noie, elle cherchait des bouées, elle se raccrochait aux pommettes, à la forme des sourcils, à celle du nez délicat, aux tâches de rousseur. Mon Dieu, papa ne me nie pas !

Elle cherchait des racines pour ne pas être balayée par le vent qui soufflait depuis toujours sur sa vie. Il les lui refusait. Il disait « ma famille » manière de lui signifier qu'elle n'en faisait pas partie. Ô toutes ces blessures, innombrables blessures. Puis la maturation, l'éblouissement. Le renoncement un jour qui rend la liberté. Détachée, déliée, libre enfin de voler, de respirer. Avoir trouvé le courage de lui dire qu'elle ne voulait plus le voir, plus le subir, et avoir tenu bon jusqu'au bout. Au pied de sa tombe lui avoir secrètement pardonné et l'avoir assuré d'un amour qui a changé au fil des ans mais ne s'est jamais démenti.


Tourner     enfin     la page.    Soupir.






Venir de là, de toute l'immensité de cette douleur, de cette profonde noirceur nichée cachée au fond des âmes, de toute cette malveillance, de toute cette bêtise. Être à la fois la mémoire et le renouveau. Crever la membrane obscure comme un poing de lumière, se faire lumière soi-même. Et rayonner. N'être qu'un geyser d'amour, de bienveillance. Porter sur tout et tous un regard de tendresse et briser le cycle de l'assassinat.

En gestation







C'est parti. Un bon moyen de sortir de la procrastination? J'espère. Si quelqu'un a déjà publié en gratuit sur le net autrement qu'en pdf ce serait bien aimable de m'expliquer comment. Sinon après Alain me gronde hihi. Je prépare cependant la version papier. Et puis j'aimerai bien inclure quelques dessins. Ah oui le titre: c'est mon pseudo mail depuis plus d'une décennie. Et puis c'est un recueil de poésies sensuelles. Voilà. Et puis si vous trouvez ma couverture trop succincte dites-moi ce que vous rajouteriez.

2018



A mon entrée au collège, ma mère m'a inscrite à la bibliothèque locale. A l'époque dans notre ville c'était encore l'ancienne bibliothèque logée dans les locaux d'un couvent du Moyen-Age. Un lieu magique qui sentait l'encaustique et les vieux papiers. J'adorais y passer des heures. Des heures plus lumineuses que celles que je vivais chez moi. Des heures de voyage, de rêverie, sans personne pour me houspiller parce que j'étais "encore dans des bouquins". J'ai beaucoup lu. Vraiment beaucoup. Tout le rayon des contes et légendes du monde y est passé. Les romans de science-fiction aussi. Barjavel bien sûr, et puis des romans qui m'ont singulièrement marquée comme ce "Message pour l'avenir" de J&D Lemay. On était en 1973 et l'an 2000 c'était de la vraie science-fiction. On en rêvait. On l'imaginait. Puis il est arrivé. Et finalement rien de ce qu'on avait imaginé n'est advenu. Ni le pire, ni le meilleur.

Nous voilà en 2018. Rien que de le dire m'épate.Vraiment je suis stupéfaite.

Je ne sais pas pour vous mais je n'ai pas de résolutions pour cette nouvelle année. J'ai quelques projets mais rien de bien défini. Alors m'atteler enfin à ces recueils que j'ai en tête et tourner la page. Passer à autre chose. Laisser le passé derrière moi définitivement et avec ce que je ne comprends pas, les mots que je ne comprends pas, et qui tout au bout me font du mal. Laisser derrière soi les doutes, les jeux troubles, les jeux qui ne satisfont jamais que ceux qui gagnent sur tous les tableaux. Je laisse ça derrière moi. Voilà ma résolution: me détacher totalement. Reprendre mon vol interrompu depuis quelques mois,  j'aspire au ciel. En parlant de ciel. La semaine dernière je suis allée jusqu'à Grenoble. Il faisait très mauvais. Sur le retour, il y a eu soudain une trouée de lumière. Et j'ai vu un aigle. Un nuage en forme d'aigle. Parfaitement dessiné dans le ciel. Les ailes déployées, le bec, la forme de la tête, tout. Et la lumière qui était comme une frange magique tout autour de cette silhouette parfaite. Je me suis exclamée devant la beauté de la chose mais personne d'autre ne l'a vu. Je me suis tue tout le reste du voyage me demandant pourquoi il n'y avait que moi à voir ces "signes".


Donc voilà, pas de résolutions pour moi. Des petites choses, des petits projets, des petites marches pour sortir de mon marasme, pour retrouver la foi, l'espoir, la joie et la lumière. Fermer la télévision, les réseaux qui n'ont de sociaux que le nom, me consacrer à ce que je sais faire de mieux: créer. Ceci dit très humblement. Renouer à la grande solitude intérieure qui est aussi source de paix...

Mais c'est pte bin des résolutions en fin de compte...;)

Temps de Lumière


Je suis d'ores et déjà très occupée par les préparatifs de Noël donc je ne passerai ici qu'en coup de vent. 






Je souhaite à chacun de vous de passer de très belles et lumineuses Fêtes de fin d'année. Profitez bien surtout en ces jours particuliers de ceux qui vous sont chers, le temps passe si vite et la vie est si brève.

Je vous embrasse très chaleureusement.
A bientôt.

Fantasme et fantaisie



Imagine que ton plus grand fantasme ce soit de te voir servir au matin quand tu te réveilles, un énorme croissant - mais énorme hein, une viennoiserie maousse costaude - tout chaud, avec cette petite croûte dorée croustillante et cette senteur délicate, appétissante de beurre frais qui vient te chatouiller les narines, faire de tes glandes salivaires les chutes du Niagara ou du Zambèze (qui baise pas malgré son nom). Un fantasme si jouissif que tes papilles en fondent de désir tel le beurre dans la poêle à frire...

Bon. Imagine maintenant qu'un matin tu te réveilles parce qu'on sonne à ta porte. Tu ouvres et c'est ton fantasme (comment il a sonné? Avec l'une de ses "pointes" tiens pardi!) Tu es au bord de la pâmoison devant sa "chair" (c'est un croissant n'est-ce pas, pas une côte de boeuf!) soudain incarnée et il est tout comme tu l'avais imaginé: il sent bon et sa dorure te fait de l'oeil. Tu déglutis les chutes du Zambèze dans ton estomboule qui fait glou-glou. L'oeil gourmand tu le fais entrer, l'invites à prendre place dans ton lit pendant que tu vas faire le thé.

Et puis arrive ce qui doit arriver, tu t'en bouloches un morceau. Et là, la bouche pleine (image érotique en diable) tu reviens à la dure réalité (image érotique en diable bis).

Deux options et toutes les deux catastrophiques.

Soit il est tout à fait ce que tu IMAGINAIS et tu te l'engloutis aussi sec, tu t'y plonges même avec délice, t'enfouis comme un blaireau dans sa brioche bien cuite, y fait le crawl et de l'apnée, tout en sachant que tu vas prendre dix kilos sur le bide et les fesses, que ton cholestérol va désormais s'appeler Hillary (celui de l'Everest, tu suis bon sang!) et que tu peux juste oublier tes petits jeans serrés. Un désastre ma chéwwwwieeeee!

Soit il n'est pas ce que tu IMAGINAIS. A la première bouchée tu as senti un petit goût de rance de vieux beurre éclairci, et pis la mie est un peu sèche, pas aussi moelleuse que tu attendais, la croûte tombe toute seule, bref tu t'es fait refiler un croissant de supermarché.Du coup les chutes du Zambèze dans ta bouche ça devient le Sahel et tu sais pas comment te débarrasser de lui sans le blesser (en plus tu culpabilises à mort parce que le gaspillage alimentaire du coup, a pris trois points vu la taille du machin) Déjà que tu lui as donné de l'espoir en t'en cognant une bouchée...

Bref, tout ça pour dire que les fantasmes, à part si on rêve de Brad et Angelina (et encore!) on a pas forcément l'envie de les voir à sa porte un matin. Le rêve c'est ce qui nous aide à voler, les fantasmes ne sont que création de notre esprit, pas plus pas moins. Pourquoi y aurait-il nécessité à les concrétiser au risque d'être très déçu? Je n'en vois pas l'intérêt.

Je préfère rêver à mon croissant et que coulent encore les chutes du Zambèze.

Souffle



Et puis il y a des relations étranges, rares, où c'est beaucoup plus qu'un lien qui se noue. Des relations qui sont des évidences, une reliance que l'on perçoit en soi très profondément. Et dont on arrive pas à se défaire. C'est bien au-delà du corps, c'est un noeud de l'âme.

Avec cette personne (parce qu'elle est unique) vous pouvez enfin PARLER. De ce dont vous ne pouvez pas parler avec les autres, tous les autres. Même ceux qui vous sont proches. La relation pourtant est difficile, perturbée par les blessures de l'un et de l'autre. Jusqu'au moment où le parasitage est trop important, trop prégnant, que le doute s'insinue et pour retrouver la paix vous vous réfugiez dans l'absence. De là vous continuez à parler à cette âme-soeur parce que le dialogue ne peut plus s'interrompre dans cette vie. Vous lui parlez à travers les poèmes, vous lui parlez d'air et d'eau, de lumière. Vous quittez votre "petit véhicule" pour embarquer dans le grand. Vous le prenez par la main pour l'entraîner vers un ciel mais son corps pèse si lourd...et le votre est si léger. Si près d'être complètement délité.

Le temps passe. Et vous versez encore sans fatigue aucune, de l'eau claire et du miel sur cette âme, vous la parez des fleurs du printemps, de l'or de l'automne. Vous êtes dans cet Amour au-delà de l'amour, qui n'a rien à voir avec des considérations érotiques. Ensemble vous volez. Même si lui ne sait pas qu'il vole. Il vole avec vous sur le coin de votre aile. Il vole parce

qu'un amour poétique n'a pas besoin de terre...

Et fermer les yeux





Ciselures dentelles,
de givre.
Guirlandes graciles,
accrochées aux branches roussies
de la moustache,
comme à celles des sapins,
cadavres qui feront le trottoir
après Noël.
L'hiver me pare
de sa beauté mortelle.
Ciselures légères,
de gel,
qui s'ancrent et demeurent
à chaque crevasse, sillons mal rasés
de la gueule ravinée
par un alcool d'oubli.
Fausse chaleur, maigre sursis
aux veines, roule péniblement un sang bleui.

Je meurs sans bruit indigne,
rien ne doit déranger la très sainte famille.

Pour mon repos, la mort a fait ses bras tranquilles.
La neige est plume sur le pavé
j'y sommeille comme un enfant
et doucement vagit.




2007


Compte à rebours




Ô Mère.

Pendant qu'on t'assassine
pendant que tu râles à travers tous tes oiseaux,
tes baleines et tes lions,
pendant que disparaît ta musique d'abeilles,
que le silence tombe sur la Terre
comme sur un cimetière,
avec tous les autres, je fais bonne figure.

J'écris l'amour pour assécher le désespoir,
j'écris à mon coeur puisque c'est écrire au tien,
puisque nous sommes tous liés
- moutons noirs moutons bleus -
dans la même gerbe de blés tombée dans le feu.

Ô Mère, ma lumière avec toi s'éteint
Et je souris encore, pour protéger les miens.

Je porte le masque des jours glissants
rapides sous la faux,
et pour ne pas mourir trop vite
j'écoute de plus en plus souvent
ton chant toujours puissant en moi,
qui monte et fait de ma bouche un appeau.
Je suis bien trop petite pour être ton porte-voix,
mais je ne sais plus vivre
sans être vive de toi.


2017