Le dire...





J'ai osé. Lui dire que je lui parlais toujours avec douceur et patience. Que cette douceur et cette patience étaient naturelles chez moi et en aucun cas le fruit d'un effort, d'une volonté. Que je n'étais que bienveillance envers elle. Et que je méritais en retour la même bienveillance. Non comme un "dû" mais comme une reliance d'amour. Un ouroboros lumineux.

Je ne m'explique pas pourquoi j'ai ressenti une telle honte à énoncer une vérité simple.

Parfois je ressens une telle fatigue à être juste ce que je suis. A être doucement humaine dans un espace où tous se déchirent à pleines dents. En famille. Entre gens du même sang. Alors je me mets à planer au-dessus d'eux. Au-dessus de tous ces gens blessés que je ne peux pas réparer parce que parler est impossible.




22 commentaires:

  1. « une fatigue à être ce que je suis »…
    à moins que ce ne soit ces autres qui nous fatiguent à ne pas être ceux qu'ils seraient capables d'être…

    (En tout cas j'ai enrichi mon vocabulaire avec : "ouroboros")

    une bise… reposante…

    RépondreSupprimer
  2. La raison m'oblige à ne vouloir voir la "fatigue" que de mon seul fait. N'est-ce pas à moi de m'adapter, ou du moins de tenter de m'adapter à l'autre? Cela ne veut pas non plus dire que je ne dois pas gémir quand la légèreté dépasse les bornes. C'est ce que j'ai fait ici, j'ai voulu juste un peu recadrer la situation, pointer du doigt quelque chose que je trouve injuste et injustifié. Je n'ai pas été éduquée au "dire" c'est sans doute pour cela que je ressens tant de honte, un sentiment d'illégitimité à m'exprimer.

    Merci pour la bise cher Alain :) la mienne très amicale en retour

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et bien, je te conseille d'avoir une sérieuse discussion en tête-à-tête avec ta raison ! ;-)
      Certes il y a une fatigue qui est de notre fait. On peut avoir trop tiré sur ses forces, alors qu'il était possible de faire autrement, ne pas avoir su dire non à ce qui était « au-dessus de nos forces » etc.…
      Mais je constate qu'il y a aussi « des gens fatiguant » (en tout cas pour nous…), pour toutes sortes de raisons dont un certain nombre nous échappent, ou plutôt ne sont pas suffisamment à notre conscience claire. il me semble aussi que parfois c'est parce que cela heurte en nous des convictions profondes.
      Et je crois, en effet, qu'alors il faut le dire, avec des mots appropriés évidemment, mais tous les comportements et tous les propos ne sont pas toujours admissibles, loin s'en faut.
      Cela dit, je comprends très bien ce que tu dis à la fin sur la honte et l'illégitimité. Ces sentiments en toi ont une « histoire ». Tu les évoques d'ailleurs au plan éducatif reçu. Hé bien il n'est jamais trop tard pour commencer à parler juste et vrai… et je suis certain que tu en as largement les capacités.
      Bises affectueuses.

      Supprimer
    2. Oui tous ces sentiments ont en effet une histoire. C'est l'histoire de ma vie. J'ai énormément progressé sur le sujet(et je suis partie de très loin...), j'en suis arrivée honnêtement à une forme d'amour et de lâcher prise vis à vis des miens qui m'a apporté beaucoup de paix. En fait, je les aime et je me dis que cela suffit si cet amour est suffisamment élevé pour n'attendre rien d'eux. Peut-être est-ce une forme d'armure suprême je ne sais pas trop je suis toujours en abysse, dans un dialogue avec moi-même depuis pas mal d'années maintenant. Et je crois que lorsque je geins c'est la raison pour laquelle je ressens de la honte comme une forme d'échec dans ce détachement bienveillant auquel je suis parvenue avec le temps...

      Supprimer
  3. Réponses
    1. Un jour tu m'as demandé un peu excédé pourquoi je venais te lire parce que souvent je jette des cailloux contre ta porte. Eh bien c'est simple: je viens pour toi évidemment. Parce que depuis que je te connais tu as beaucoup changé. Tu as gagné en paix. Et puis tu as toujours ce coeur de violette qui est émouvant en soi :)

      Bises aussi "vieux" camarade ;)

      Supprimer
  4. Les personnes les plus difficiles à supporter
    sont souvent celles qui ont le plus besoin de l'être
    elles sont très sensibles à la moindre réelle attention qu'on leur donne
    parce qu'elles n'en reçoivent jamais puisque leur attitude éloigne tout le monde. kéa

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui c'est vrai Kéa. Au dehors, au dedans, c'est l'hécatombe. Il y a des morts et des blessés partout. Et tous ces gens blessés sont eux-mêmes armés jusqu'aux dents. Que faire Kéa pour les approcher sans se faire massacrer?...

      Supprimer
  5. Aussi, je dois dire que ton texte me rejoint profondément ! kéa

    RépondreSupprimer
  6. Ton texte me fait souvenir d'un moment précis où une partie de moi a noté,
    bien à mon insu, du vrai, de l'authentique venant d'une personne.
    Ce n'est que plusieurs années plus tard que j'ai compris
    que qq chose de puissant s'était passé à ce moment-là pour moi
    et que ça a germé lentement.
    Je pense que ce (je ne sais comme le nommer) en chacun de nous voit et entend
    et même s'il arrive qu'il soit difficile d'être soi-même
    c'est très important de l'être du mieux que l'on peut. kéa

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est difficile d'être soi. Cela ne devrait pas l'être n'est-ce pas? Bien au contraire. On devrait pouvoir être authentique sans avoir à "payer" le prix de cette authenticité. Oui il y a quelque chose en nous, comme un être profond, notre âme peut-être (je ne sais rien je suppose) En moi cet être profond à la capacité de lire les autres si facilement qu'il m'est impossible de réagir même quand on me fait sciemment du mal. J'ai de moins en moins de colère et de plus en plus de tristesse. Une triste impuissance...

      Supprimer
    2. Je suis à lire des textes au sujet de Socrate qui était authenticité simplicité et sagesse même et pourtant que de mensonges à son encontre, au point où il dut boire la ciguë. Alors oui ! être soi-même comporte des risques. kéa

      Supprimer
    3. Est-ce à penser chère Kéa que cette authenticité est perçue comme "dangereuse" par les nôtres ou au-delà, la société? La vérité de chacun serait donc insupportable? Parce que la société -le groupe- ne parvient à une certaine cohésion que par le mensonge?

      Supprimer
    4. Et allons tout au bout, est-ce -en fin de compte- l'amour, et je pense à cet amour agapê des grecs, qui n'est pas tolérable? Etant sur les réseaux sociaux j'ai souvent vu la simple gentillesse, la douceur, moquée, perçue comme une tare de l'esprit plutôt que comme une qualité...si c'est cela la société des Hommes nous cause un terrible dommage.

      Supprimer
    5. Je suis perplexe devant l'ambivalence de l'être humain. D'un côté la pureté du cœur, la grandeur d'âme, l'Amour agapê, sont vénérés à travers les siècles et le mensonge, la haine, la cruauté sont honnis (ex.: les Néron, Pol Pot, et autres). Pourtant ces personnes que l'on vénère aujourd'hui ont presque toutes été assassinées, crucifiées. C'est ce que je constate encore une fois avec Socrate.
      Comme dans l'histoire de celui qui voit un scorpion en train de se noyer
      il essaie de lui venir en aide mais se fait piquer et le relâche
      pour le reprendre aussitôt et se faire à nouveau piquer
      car il est dans la nature de l'un de sauver
      et dans la nature de l'autre de piquer. kéa

      Supprimer
    6. Je pense que l'Homme -à moins d'une maladie mentale- est fondamentalement bon. Ce sont les circonstances qui le font devenir mauvais. La peur de l'autre, la peur de l'inconnu, la peur de l'avenir, la peur de la mort. Le scorpion pique non pas parce qu'il est "mauvais" il pique parce qu'il a peur. Les hommes tuent les meilleurs d'entre eux parce que ceux-ci menacent un système corrompu dans lequel une poignée engraisse pendant que la majorité des autres meurt de faim ou sous le poids du labeur. Pour les assassins ce n'est pas de la cruauté c'est juste une nécessité.

      Cependant. ;)

      Je regardais un documentaire il y a une quinzaine de jours au sujet de l'homo sapiens. Les chercheurs pensaient que les Néandertaliens avaient disparu absorbés par la nouvelle espèce. Or il n'en est rien: l'Homme moderne a juste pris toute la place disponible en rejetant son prédécesseur de plus en plus loin de ses territoires traditionnels, jusque sur le rocher de Gibraltar où il s'est finalement éteint. L'Homme moderne déjà à l'époque a provoqué l'extinction de nombreuses espèces, le mammouth c'est lui/nous qui l'avons fait disparaître, les grands cervidés et félins pareil. Dès nos origines nous avons été de redoutables prédateurs. Ce qui m'a amené à penser que la destruction, l'assassinat, sont dans nos gènes, dans notre sang et de là à penser pendant un instant que nous étions mauvais.

      Voilà.

      En fin de compte je ne sais pas si en tant qu'espèce nous sommes naturellement portés vers le mal ou le bien. L'ambivalence me parait éminemment dangereuse tant elle peut déraper dans l'horreur (Hitler, Pol Pot, Staline, El Assad qui gaze les populations et Poutine qui le soutient), et bien sûr que j'aimerai pouvoir affirmer haut et fort que l'Homme est bon.

      Mais...

      Supprimer
    7. Ta réponse soulève plusieurs points auxquels je m'intéresse particulièrement et que j'aimerais approfondir lorsque j'aurai un peu plus de temps.

      Pour l'instant je t'envoie le lien vers une vidéo d'une religieuse qui oeuvre en Syrie depuis une vingtaine d'année. Elle parle en connaissance de cause et le portrait qu'elle dresse n'a rien à voir avec ce que nous présentent les médias occidentaux.

      https://www.youtube.com/watch?v=QLuVZqMNhIU

      Si tu veux donne moi ton idée à ce sujet. kéa

      Supprimer
  7. À l'évitement, j'ai aussi préféré lévitation.

    À bientôt Désirée

    RépondreSupprimer
  8. Comme je comprends ce que tu dis ! Je le connais trop bien (hélas) ce sentiment de honte ou plutôt d'illégitimité à s'exprimer, et qui remonte à tellement loin que c'est très difficile de s'en défaire... Et pourtant, quoi de plus légitime que de dire ce que l'on ressent, en toute simplicité, sans reprocher quoi que ce soit à qui que ce soit, on devrait s'en trouver libéré !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hé oui, pardon Ka' mais je suis ravie de voir que je ne suis pas le seul "zèbre" de mon espèce :) Oui je suis certaine qu'il y a entre nous des semblances, et c'est ce qui m'a attirée chez toi il y a quelques années maintenant. Tu aimais les arbres et ça m'a parlé..

      Bises

      Supprimer