Au revoir mon amie



La conversation est restée en suspens dans la petite fenêtre du tchat.

C'est comme si tu allais revenir et la reprendre où nous l'avons laissé. Je ne peux pas la supprimer. Il y a dans ces dernières paroles échangées tant de bleu et de rose. Le bleu de tes doutes, de tes craintes, et le rose soudain de cette décision de faire enfin ce recueil de textes mythologiques que j'aimais tant (et d'autres avec moi). Et cette Perséphone, cette "fille courbée", elle m'a tellement parlé de toi..


La conversation est restée en suspens. Imagine-t'on que l'on ne va jamais revenir la terminer? Imagine-t'on que l'on va périr aux alentours de Noël? Imagine-t'on que l'on va foudroyer les siens et tous ceux qui nous aime, les laisser pétrifiés de stupeur? Non, tu me parlais comme nous parlons tous: comme si nous étions éternels.

Mais nous ne le sommes pas. Hâtons-nous de dire à ceux qu'on aime la lumière qu'ils nous inspirent, la lumière qu'ils font dans nos yeux, nos poitrines, nos têtes. Et même nos ventres parfois quand c'est Lui qui nous parle.

Frappée par une foudre sans bruit. Une foudre qui a laissé un sillage de fumée noire, un crêpe de deuil. Pas plus que je ne peux "croire" à la mort des miens, je ne peux pas croire à la tienne. Ta voix, ton coeur inquiet, ton âme pleine de cette solitude fondamentale, sont restés en suspens. Beaucoup de bleu et cette pointe de rose, cette étincelle qui aurait pu tout rallumer si ton coeur ne s'était pas éteint...

Désormais quand Noël approchera, j'aurai des papillons qui voleront vers toi. Comme j'en ai en juin pour notre amie Danielle.

Ma chère Agnès, je n'arrive pas à croire que tu ne viendras plus toquer sur la porte de mes silences, je laisse notre conversation en suspens dans sa petite boite, qui sait, nous la reprendront peut-être plus tôt que mon insouciance le croit...

Philippe MOREL



A voir dans son atelier







Résurgence



Après qu'il soit parti.

Après qu'il l'ait abandonné au sol comme un fruit mordu.

Pelée brutalement de tout ce qui la recouvrait
- maigres remparts de toile -
elle n'a pas bougé.

Elle a regardé les étoiles.


Elle a regardé les étoiles, leurs faces pâles
et désolées, mais qui encore brillaient,
palpitaient dans la nuit de l'homme,
en perçaient toute l'obscurité
pour s'en sauver.
Elle n'avait plus que deux yeux
qui regardaient les étoiles,
et ce corps fouillé, martelé de coups de reins sauvages,
elle refusait d'en percevoir la douleur
l'affreux outrage:
ce n'était pas le sien.


Elle regardait les étoiles,
et les étoiles   - une à une -   sont tombées,
ont coulé sur son front, sur ses lèvres sèches de cris,
sur ce corps nu inerte, abandonné

à la lumière maternelle 
et lentement, très lentement
les étoiles 
l'ont lavé du viol,

doucement ramené du côté de la Vie.

2016



...




J'ai peur


J'ai peur.

Etrange ce mot qui semble inachevé. PEUR.
Quatre lettres qui me nouent jusqu'à l'âme.

Oh pas besoin que vous me chantiez le couplet du "inutile d'avoir peur puisque ça ne changera rien".
Oui certes.
Pour l'heure j'ai mal au ventre, à l'âme, je me sens pat, prisonnière d'un jeu où je ne suis plus
-comme des milliards d'autres-
qu'un PION.

Et plus encore j'ai peur pour toi mon ange
qui n'a pas demandé ta douleur
mais qui l'a reçu au creux le plus doux de ton enfance.
J'ai peur qu'un jour il n'y ait que l'argent-roi et plus rien
pour les gueux,
j'ai peur qu'on te laisse mourir sans vergogne.

Et par-dessus tout, j'ai peur de devoir comme Marie, comme Marie...









Sous le boisseau




Je vois une très faible lumière
un or pétillant d'une vie nouvelle
dont quelques modestes éclats tentent encore
d'échapper à l'huile noire d'une nuit d'encre
qui tombe de main d'hommes sur les hommes
comme un sable sans fin
et la lumière palpite si faiblement
que je crains qu'à tout instant
l'obscurité l'emporte.

C'est aujourd'hui ou plus jamais
que les peuples du monde se dressent
et vont partout assemblés, le front barré d'étincelles.

Deux voies étroites s'offrent à nous,
l'une va vers la lumière, l'autre vers notre destruction.


2016

...








...








Un ennemi est un fardeau, j'ai des choses plus belles à porter.
                                                                         
Cédric



...



Nicolas il y a un soucis avec ta boitamel...écris là auberine@gmail.com

Bise.

A ta place




Longtemps j'ai pensé que ta place était enviable. Tout cet incommensurable pouvoir dans ton seul petit doigt. Cela devait être enivrant. J'imaginais tout ce que je pourrais faire.

Punir les criminels par exemple. Punir les méchants, les monstrueux de sang-froid. Surtout ceux qui s'en prenaient aux petits enfants. Et aux vieux. Tous ces pères infâmes qui s'allongeaient sur le corps nu de leur petite fille, je les faisais pourrir par l'instrument de leur crime. Je marquais les violeurs au front d'une tâche rouge indélébile, un genre d'oeil de Caïn. Une tâche que ces ignobles n'auraient pas pu dissimuler, à laquelle ils n'auraient pas pu échapper.

Et puis j'ai réflêchi. J'ai songé que punir, et donc faire à mon tour le mal m'aurait irrémédiablement rendue malheureuse. Que punir n'arrangeait rien de rien.Tu imagines le carnage dans les rues? Les "bonnes gens" à la fois juges et bourreaux? L'horreur d'une Saint-Barthélémy à l'échelle mondiale.

Il n'y avait qu'une seule attitude possible, la compassion, l'amour. L'intelligence.

Si j'étais à ta place aujourd'hui je guérirais tous ceux qui sont malades, cassés, abîmés par la vie, les autres. Et les victimes me direz-vous? Qui de la poule ou l'oeuf. Si on veut préserver le devenir de l'oeuf il faut commencer par soigner la poule. Il faut oeuvrer en amont. Si j'avais le moindre pouvoir dans mon petit doigt mon dieu, voilà ce que je ferais: je soignerais tous ceux qui ont besoin d'être soignés et ceci fait n'est-ce pas le monde qui serait guéri?




Disparus



Oh Anna
je veux encore une fois, te serrer dans mes bras!
Je t'en prie ne sois pas couchée
sur ce lit de chairs, recouverte
de ce drap de sang, ne sois pas ceinte
d'éclats de verre, oh Anna
je veux encore comme une mère
te serrer dans mes bras.


Nov 2015...dans le chaos, ils cherchaient leur enfant.